Comment dimensionner un système de vidéosurveillance (CCTV) ?
Publié le 17 juillet 2026 · Par l'équipe technique de Tegu
Dimensionner un système de vidéosurveillance consiste à définir combien de caméras sont nécessaires, de quel type et à quelle résolution, et quel stockage exige l’enregistrement, le tout à partir d’un relevé du bâtiment. Le point de départ n’est pas le catalogue d’équipements, mais trois questions : quelles zones couvrir, quel niveau de détail chacune exige et combien de jours de vidéo conserver.
Que choisir, des caméras IP ou analogiques HD ?
Les caméras IP transmettent la vidéo en numérique par câble réseau et sont aujourd’hui l’option par défaut pour les installations neuves. Elles offrent des résolutions de 4, 8 mégapixels ou plus, des analyses vidéo (détection de personnes et de véhicules, franchissement de ligne) et sont alimentées par le même câble grâce au PoE. Leur infrastructure est la même que celle d’un réseau voix et données, ce qui facilite les extensions futures.
Les analogiques haute définition (HD-TVI, AHD, HD-CVI) transmettent par câble coaxial et atteignent couramment 2, 5 et jusqu’à 8 mégapixels. Elles ont deux avantages concrets : elles réutilisent un câblage coaxial existant en bon état, ce qui réduit le coût d’une modernisation, et elles tolèrent des liaisons plus longues que les 100 mètres du câble réseau, le coaxial acceptant plusieurs centaines de mètres selon la résolution et l’équipement. En contrepartie, elles offrent moins d’analyses et exigent un câble d’alimentation supplémentaire.
En résumé : installation neuve, IP. Modernisation sur un coaxial sain ou budget très serré, l’analogique HD reste digne. Les deux technologies peuvent se combiner sur un même enregistreur hybride quand le projet le justifie.
Quelle résolution pour chaque caméra ? Le critère DORI
La bonne résolution ne se choisit pas en mégapixels mais en densité de pixels sur la cible. La norme IEC 62676-4 définit quatre niveaux, connus sous le nom de DORI :
| Niveau | Densité minimale | Ce qu’il permet |
|---|---|---|
| Détection | 25 px/m | Savoir qu’il y a une personne ou un véhicule |
| Observation | 62,5 px/m | Distinguer des caractéristiques générales (vêtements, type de véhicule) |
| Reconnaissance | 125 px/m | Reconnaître une personne déjà connue |
| Identification | 250 px/m | Identifier une personne inconnue avec valeur de preuve |
Une même caméra de 4 MP peut identifier des visages à 8 mètres et à peine détecter une présence à 40. C’est pourquoi le fabricant publie les distances DORI de chaque modèle et objectif, et pourquoi une caméra d’accès (qui doit identifier) se spécifie autrement qu’une caméra périmétrique (où détecter ou observer suffit en général). Demander « des caméras 8 mégapixels partout » sans cette analyse est la façon la plus courante de surpayer sans pour autant obtenir une image exploitable du visage à la porte.
Combien de caméras pour un bâtiment typique ?
Cela dépend du bâtiment, mais il existe des ordres de grandeur raisonnables comme point de départ :
- Maison d’habitation : 4 à 8 caméras (accès, garage, périmètre, cour arrière).
- Petit commerce : 4 à 8 (accès, caisse, surface de vente, réserve ou arrière-boutique).
- Bureau de plain-pied : 8 à 16 selon la surface et le nombre d’accès.
- Entrepôt ou bâtiment industriel : 16 ou plus, avec priorité aux quais, au périmètre et aux zones de valeur.
- Copropriété ou lotissement : on dimensionne par accès, voiries et espaces communs, pas par nombre de logements.
Ces fourchettes servent à budgéter de façon préliminaire. Le nombre final sort du relevé : parcourir le bâtiment, marquer sur plan les zones à couvrir, attribuer à chacune un niveau DORI et en déduire positions, objectifs et résolutions. Dans notre service de vidéosurveillance, ce relevé est la première étape de tout projet.
Comment éviter les angles morts ?
Les angles morts ne tiennent presque jamais au manque de caméras, mais à leur mauvais emplacement. Les causes les plus fréquentes sont des caméras montées trop haut (elles voient le sommet des crânes, pas les visages), des objectifs plus fermés que prévu, des obstacles qui poussent ou s’ajoutent après coup (végétation, panneaux publicitaires, marchandise empilée) et le contre-jour aux accès, où la personne entre en silhouette noire sur fond de rue éclairée.
Les mesures correctives sont concrètes : des hauteurs de montage de 2,5 à 4 mètres pour les scènes où le visage compte, un recouvrement des champs de vision pour que chaque caméra voie l’angle mort inférieur de sa voisine, des caméras WDR (large plage dynamique) aux accès à contre-jour, et un éclairage infrarouge ou visible suffisant pour la scène nocturne. Il convient aussi de vérifier la couverture réelle sur site une fois les caméras installées, pas seulement sur plan.
Quel stockage pour l’enregistrement ?
Le stockage se calcule à partir du flux de données (bitrate) de chaque caméra et des jours de rétention souhaités. L’arithmétique est simple : 1 Mbps de flux continu génère près de 10,8 Go par jour. Une caméra de 4 MP enregistrant en continu en H.265 avec un flux typique de 2 Mbps produit environ 21 Go par jour ; conserver 30 jours exige quelque 650 Go pour cette seule caméra. Un système de 8 caméras similaires avoisine les 5 To sur la même période.
Trois variables font fortement bouger ce chiffre :
- Le codec. H.265 réduit le flux de 30 à 50 pour cent par rapport à H.264 à qualité équivalente. Les variantes intelligentes de chaque fabricant (H.265+, Zipstream et similaires) économisent encore plus dans les scènes statiques.
- Le mode d’enregistrement. Enregistrer uniquement sur détection de mouvement peut réduire la consommation à une fraction du continu, même si dans les zones à haut risque le continu est recommandé, avec la détection comme index de recherche.
- Les jours de rétention. Pour un usage courant, 15 à 30 jours est la référence. Certaines activités commerciales sont soumises à des obligations locales de conservation ; vérifiez la réglementation applicable à votre établissement avant de fixer ce paramètre.
Utilisez toujours des disques durs de gamme vidéosurveillance, conçus pour l’écriture continue. Un disque de bureau dans un enregistreur est une panne annoncée.
Qu’est-ce que le PoE et pourquoi simplifie-t-il l’installation ?
Le PoE (Power over Ethernet) alimente la caméra par le même câble réseau qui transporte la vidéo, conformément aux standards IEEE 802.3af (jusqu’à 15,4 W) et 802.3at (jusqu’à 30 W, nécessaire pour les caméras PTZ et certains modèles avec chauffage ou éclairage puissant). Le bénéfice pratique est un seul câble par caméra : pas de blocs d’alimentation dispersés, pas de prises électriques à côté de chaque point, et un secours centralisé, car un seul onduleur sur le switch suffit pour que toutes les caméras continuent de fonctionner pendant une coupure brève.
La contrainte à respecter est la distance : 100 mètres par segment de câble réseau. Les liaisons plus longues exigent un switch intermédiaire, des extendeurs PoE ou de la fibre optique. Cette limite, avec la qualité du câble (cuivre massif certifié, pas d’aluminium cuivré), fait partie des premières choses que nous vérifions lors d’un relevé.
Combien coûte un système de vidéosurveillance ?
Le coût dépend de cinq facteurs, dans cet ordre d’impact habituel : nombre de caméras, type et gamme d’équipement (IP ou analogique, résolution, marque), complexité du câblage et des travaux (distances, cheminements, hauteurs, murs), capacité de stockage et prestations complémentaires comme onduleurs ou écrans. Deux devis pour « 8 caméras » peuvent différer fortement et être tous deux corrects : l’un peut inclure des cheminements neufs, un équipement de gamme professionnelle et 30 jours de rétention, et l’autre non.
C’est pourquoi nous publions les facteurs et non un chiffre unique. Pour comparer des devis, demandez que chacun détaille équipement, fournitures, main-d’œuvre et stockage, et qu’il précise la marque et le modèle de chaque composant.
L’installer soi-même ou faire appel à un spécialiste ?
Les kits à installer soi-même conviennent aux besoins simples : deux ou trois caméras Wi-Fi dans une maison, sans câblage ni exigence de preuve. Leurs limites apparaissent vite : couverture Wi-Fi instable, aucune rétention garantie, positions limitées par l’emplacement des prises, et aucune ingénierie DORI derrière.
Un système câblé avec enregistreur, cheminements et plusieurs points de caméra est un tout autre projet. Il implique un calcul de stockage, une configuration réseau et une étanchéification correcte des connexions extérieures, d’où provient une bonne partie des pannes prématurées. Là, l’installateur professionnel se rentabilise de lui-même, surtout s’il répond de son travail : dans notre cas, avec 10 ans de garantie sur la main-d’œuvre.
Quel entretien exige un système de vidéosurveillance ?
Peu, mais avec constance. Nettoyage des dômes et des vitres tous les 3 à 6 mois selon l’environnement (la poussière et les toiles d’araignée devant l’infrarouge ruinent l’image nocturne), vérification périodique que toutes les caméras enregistrent et que la date et l’heure sont correctes, contrôle de l’état des disques durs (les enregistreurs signalent les secteurs défectueux avant la panne totale) et mise à jour du firmware, qui sur les équipements IP relève aussi de la sécurité informatique. Une révision annuelle approfondie du système complet, connexions extérieures comprises, prévient la plupart des pannes qui révèlent un système éteint le jour même de l’incident.
Observations de terrain
Questions fréquentes
Combien de caméras faut-il pour une maison d'habitation typique ?
La plupart des maisons sont bien couvertes avec 4 à 8 caméras : accès piéton et véhicules, périmètre avant et arrière, et points intérieurs selon le cas. Le nombre exact ressort du relevé technique, pas d'une formule. Plus de caméras mal placées ne couvrent pas mieux que quelques-unes bien pensées.
Que choisir, des caméras IP ou analogiques HD ?
Les caméras IP offrent une meilleure résolution, des analyses vidéo et une alimentation par PoE ; c'est l'option recommandée pour les installations neuves. Les analogiques HD (HD-TVI, AHD, HD-CVI) restent une alternative raisonnable quand un câblage coaxial en bon état existe déjà ou quand le budget est très serré.
Combien de jours d'enregistrement un système de vidéosurveillance doit-il conserver ?
Pour un usage résidentiel et commercial courant, une rétention de 15 à 30 jours est la référence. Certaines activités commerciales sont soumises à des obligations locales de conservation spécifiques ; vérifiez la réglementation applicable à votre établissement. Un incident se détecte rarement le jour même, donc moins de deux semaines est souvent insuffisant.
Quelle résolution de caméra faut-il pour identifier un visage ?
Selon le critère DORI de la norme IEC 62676-4, identifier une personne inconnue exige une densité de 250 pixels par mètre sur la cible. Reconnaître quelqu'un de déjà connu demande 125 px/m, et détecter une présence seulement 25 px/m. La bonne question n'est donc pas le nombre de mégapixels de la caméra, mais le nombre de pixels qui tombent sur la zone qui compte.
Le codec H.265 fait-il vraiment économiser du stockage ?
Oui. H.265 réduit le flux de données de 30 à 50 pour cent par rapport à H.264 à qualité équivalente, et les variantes intelligentes de chaque fabricant économisent encore plus dans les scènes à faible mouvement. En pratique, cela revient à doubler les jours de rétention avec le même disque dur.